
Source : PC - Les femmes dans le secteur de la construction ont manifestement gagné du terrain au plan de l'emploi et de la formation au cours des dernières années. L'organisme FRONT (Femmes regroupées en options non traditionnelles) juge toutefois ces avancées insuffisantes, tandis que la Commission de la construction du Québec les considère encourageantes mais perfectibles.
En 2006, 1552 femmes étaient actives dans l'industrie de la construction assujettie, ce qui représente 1,2 % de la main-d'oeuvre active dans ce secteur. Dix ans auparavant, en 1996, cette proportion était quatre fois moindre, de 0,27 %.
Profitant depuis 12 ans d'un Programme d'accès à l'égalité (PAE), le FRONT avait espéré réaliser une percée plus importante, a révélé l'organisme mercredi en conférence de presse.
À l'heure du bilan et à la suite d'une recherche menée auprès de 15 travailleuses de la construction, l'organisme dénonce à la fois les employeurs et les organisations syndicales de ce secteur pour la discrimination à l'embauche, l'isolement sur les chantiers de construction, le harcèlement, le manque de considération, d'écoute et de soutien.
Électricienne depuis sept ans sur de grands chantiers de construction, Valérie Bell se retrouve la plupart du temps la seule femme sur le chantier. Elle considère que son intégration a été plutôt difficile. «Quand j'arrivais sur le chantier, on me disait : ha! voilà la femme de ménage.»
«Certains croient que je ne suis pas suffisamment forte. Ce n'est pas vrai. Je trouve des moyens de faire le travail avec divers instruments. Le problème est que les compagnies ne fournissent pas ces instruments. Les harnais pour femmes ne sont pas toujours disponibles», a-t-elle raconté.
À son avis, les femmes sont toujours confrontées à des préjugés tenaces quant à leurs compétences et leurs capacités physiques.
Pour contrer ces difficultés, Valérie Bell participe à plein aux activités syndicales et développe son sens de l'humour.
Dans ce contexte, l'organisme FRONT y va d'une série de recommandations susceptibles de provoquer un déblocage. Il suggère ainsi de rendre obligatoire l'embauche d'au moins 5 % de femmes par les entreprises de la construction décrochant un contrat du gouvernement du Québec, de ses agences publiques et parapubliques et de ses établissements.
Autre recommandation : faire en sorte que la population étudiante dans les programmes de formation professionnelle et technique menant à l'industrie de la construction soit constituée de femmes à au moins 20 %.
De son côté, le porte-parole de la Commission de la construction du Québec, André Martin, a souligné la pertinence de pistes fournies par le groupe FRONT qui serviront à revoir le programme d'intégration des femmes dans l'industrie de la construction dont la commission est responsable.
M. Martin reconnaît que l'objectif de 2 % de femmes n'a pas été atteint et qu'elles représentent plutôt 1,3 % des travailleurs du secteur, mais il a une explication pour cela.
«Depuis 1997, il est entré environ 3000 femmes dans l'industrie de la construction, dont 1650 sont actives. Si les femmes avaient abandonné au même rythme que les hommes, on aurait 2000 femmes aujourd'hui», a-t-il signalé.
Un sondage a révélé que 12 % des femmes ont laissé le secteur de la construction en raison des relations difficiles avec les collègues. Seulement 2 % des hommes en ont fait autant.
«Notre priorité est l'intégration et le maintien des femmes afin, qu'après cinq ans dans le milieu, elles n'abandonnent pas davantage que les hommes.
«L'industrie ne penche pas vers des mesures coercitives, des programmes particuliers pour les femmes, parce que certaines ont mentionné qu'un tel programme ou mesures spéciales risquait de les marginaliser», a avancé le porte-parole de la Commission de la construction du Québec.
Pour ce qui est du harcèlement dont se plaignent les femmes, M. Martin réplique que «dès qu'on est minoritaire dans un milieu, il faut être prêt à remettre les gens à leur place».
[ 28-05-2008 ]