
Source : Le Journal de Québec - Au bout de leur vie active, un million de personnes, soit le tiers des employés du secteur privé qui devront se contenter des maigres chèques de la Régie des rentes et du Régime de pension du Canada, en seront réduits à la pauvreté.
Pour leur assurer un revenu plus décent, le gouvernement Charest prépare un régime volontaire d'épargne-retraite auquel les hauts fonctionnaires ne sont pas très ouverts, précise un document confidentiel diffusé par erreur à l'Assemblée nationale, hier.
Au grand déplaisir des banques, ce régime public, une idée de Sam Hamad, vise les travailleurs de 73 400 petites et moyennes entreprises dont le salaire varie de 20 000 $ à 50 000 $. Aucune de ces entreprises n'offre un régime de retraite à ses employés.
«Le régime proposé s'inscrit dans le plan de lutte contre la pauvreté, notamment parce qu'un incitatif financier pourrait être envisagé par les personnes à faible et à moyen revenu, bâti sur un modèle similaire à la «prime au travail », dans le but de les aider à payer leur cotisation au régime volontaire», précise le document obtenu par Le Journal.
CÉLI
Voici essentiellement de quoi il s'agit : un travailleur n'ayant pas de régime de retraite complémentaire serait habilité à verser à la Régie des rentes une somme additionnelle, celle qui lui convient, dans un Compte d'épargne libre d'impôt, un CÉLI. Les cotisations seraient collectées par la Régie de rentes et gérées par une institution financière ou la Caisse de dépôt et placement du Québec après une offre de rendement garanti, plus de 5 %, dit-on.
La rente accumulée au fil des ans serait récupérable à la retraite par les cotisants, en sus des prestations régulières de la Régie des rentes. Des cotisations pourraient aussi être versées au profit des enfants ou du conjoint. Ce serait comme un REER public.
Un «document protégé» émanant du Secrétariat des comités interministériels précise que le gouvernement québécois projette des consultations publiques sur le sujet et des discussions avec Ottawa sur les impacts fiscaux d'un tel régime. Un mémoire doit être soumis au cabinet avant la fin de l'année, a-t-on aussi appris.
«Ça fait un an et demi que je réfléchis à cela. M. Charest est très sensible à la situation et on se dit qu'il faut faire quelque chose pour ce million de personnes», nous a signalé le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, hier.
M. Hamad, responsable d'une foule de choses, dont la distribution de l'aide sociale, a en quelque sorte cristallisé sa pensée au cours des récentes consultations publiques sur la Régie des rentes.
Sauf que, comme le gouvernement de Jean Lesage en 1966, les banques sont réfractaires à la création de ce REER public; des profits en moins pour elles...
Mais la résistance est aussi ressentie au ministère du Revenu, qui exige «une étude de faisabilité et une évaluation des coûts» à cause d'un impact possible sur ses activités.
Plusieurs autres comités ministériels recommandent au gouvernement de «surseoir » au projet du ministre Hamad. Seul le Secrétariat à la jeunesse est d'accord avec lui.
[ 05-11-2009 ]